Pourquoi notre gestion des forêts de la Couronne est-elle aussi bizarre?

Jennifer McKenzie, The Daily Gleaner, 18 octobre 2017

Mercredi dernier, j’étais invité à parler à l’Assemblée générale annuelle de la Fédération des propriétaires de lots boisés du Nouveau-Brunswick. Ils ont fait les manchettes dernièrement parce que la Commission de commercialisation des produits de la forêt du Sud-Est du Nouveau-Brunswick et la Coopérative forestière du Sud du Nouveau-Brunswick sont devant les tribunaux. Ils se défendent contre JD Irving Ltd et d’autres qui contestent la loi qui a créé la Commission de commercialisation. Cette commission a pour but de permettre aux associations de propriétaires de lots boisés de négocier et vendre les produits forestiers des propriétaires de leurs régions. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick est demeuré muet depuis que cette cause est devant les tribunaux.

Il s’agit du plus récent développement dans une série de décisions bizarres prises par les gouvernements libéraux et conservateurs qui se sont succédé au Nouveau-Brunswick. Les propriétaires de lots boisés sont les principales victimes des décisions bizarres du gouvernement dans le dossier forestier. Ces propriétaires sont prises en otage entre les grands joueurs de l’industrie forestière et un gouvernement qui ne sait pas comment gérer les ressources de la forêt.

Si vous avez lu mon dernier commentaire au sujet de la gouvernance, vous savez que je remets en question les priorités stratégiques énumérées au début de chaque rapport soumis par les ministères au Comité des comptes publics. Le premier objectif de chaque rapport est « plus d’emplois ». Il est difficile de croire que c’est cet objectif qui explique comment le gouvernement a géré et continue de gérer nos forêts et les terres de la Couronne. Selon Statistiques Canada, le nombre d’emplois créé par l’industrie forestière dans les quinze dernières années est en déclin. Un sommet avait été atteint en 2004 avec près de 20 000 emplois, mais depuis ce temps nous en avons perdu plus de 30%, la plupart au sein de l’industrie des pâtes et papiers. Alors qu’est-ce qui explique cette fâcheuse tendance?

La réponse se retrouve dans le rapport du Groupe de travail sur les forêts privées que le gouvernement à lui-même mis en place. On peut lire dans ce rapport : « Au cours de la dernière décennie, l’innovation en matière de politique forestière a dépéri au Nouveau-Brunswick » et que « d’importantes dispositions de la Loi sur les terres et forêts de la Couronne (1982) et de la Loi sur les produits naturels (1999) ont été négligées ». De plus, « les dispositions concernant les ‘sources d’approvisionnement proportionnel’ n’ont pas été mises en œuvre de façon efficace et, malgré les pouvoirs que lui confère la loi, la Commission des produits forestiers du Nouveau-Brunswick n’arrive pas à ‘assurer que les prix sont équitables pour les produits forestiers de base acheté’. » Enfin, « les conflits entre les propriétaires de lots boisés privés, le gouvernement et certains éléments de l’industrie forestière demeurent non réglés ». Pourquoi ce problème n’est-il pas réglé cinq ans après la publication de ce rapport?

Un gouvernement néo-démocrate mettra en œuvre une nouvelle stratégie forestière. Nous voulons consulter tous les groupes et les personnes intéressées afin de développer un plan qui permette à une plus variété d’industries forestières d’avoir accès aux forêts de la Couronne, tout en favorisant des forêts plus matures, en mettant fin aux coupes à blanc qui détruisent l’écologie du sol et des forêts, et en interdisant l’épandage de glyphosate et d’autres produits qui nuisent à la santé des forêts et possiblement même à la santé humaine.

La vaste majorité des meilleurs pratiques forestière s’accordent avec l’idée qu’une forêt plus diversifiée est une forêt en meilleure santé et que la monoculture et les forêts moins diversifiée sont des moyens malsains de gérer nos terrains boisés. Alors pourquoi permettons-nous l’épandage de glyphosate et les coupes à blanc seulement pour replanter et cultiver une seule espèce ou quelques espèces?

L’industrie forestière du Nouveau-Brunswick crée moins d’emploi par acre de forêts que nos voisins du Québec, de l’Ontario et du Maine. Pourquoi? C’est simple : le Nouveau-Brunswick n’a jamais entamé le virage nécessaire pour ajouter une valeur aux produits forestiers ici-même dans la province. Un gouvernement néo-démocrate assurera une gestion des terres de la Couronne qui stimulera l’émergence d’une industrie forestière à valeur ajoutée, ce qui permettrait de créer des emplois pour plusieurs Néo-brunswickois et Néo-brunswickoises. Nous allons encourager l’innovation et la transformation de produits forestiers à valeur-ajoutée destinés aux marchés local et international.

Un gouvernement néo-démocrate révisera les pratiques exemplaires de l’industrie partout au monde afin de développer une approche faite sur mesure pour le Nouveau-Brunswick. Cette approche visera à assurer un accès équitable aux ressources forestière pour qu’il présente un avantage économique au plus grand nombre d’habitants, tout en étant responsable du point de vue environnemental et social. Nous reprendrons le contrôle de la gestion de nos forêts qui est actuellement entre les mains de grandes compagnies.

Les gens du Nouveau-Brunswick connaissent leurs forêts. Nous avons plusieurs bûcherons et artisans hautement qualifiés qui sont aujourd’hui sans emploi ou sous-employés. Permettons à leur créativité de rayonner et devenons un exemple de succès, l’exemple d’une province qui met à profit ses ressources afin de créer une variété d’emplois, tout en protégeant la beauté, la santé et la vitalité de nos forêts.

Peut-être alors pourrons-nous commencer à renverser la fâcheuse tendance qui afflige l’industrie forestière du Nouveau-Brunswick.

 

Jennifer McKenzie

Cheffe du Nouveau parti démocratique du Nouveau-Brunswick